DERRIÈRE LE SOMMET DES TROIS AMIGOS

Publié le octobre 20, 2010

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C’est avec une étonnante légèreté que les médias ont rapporté et commenté le cinquième sommet annuel des leaders nord-américains réalisé à Guadalajara, les 9 et 10 août. Aucun ne s’est donné la peine de situer cette rencontre dans son contexte et d’en souligner la portée. Lors des quatre sommets précédents, les journalistes appelaient ces rencontres par leur vrai nom :  sommets du Partenariat pour la sécurité et la prospérité (le PSP). Mais voilà qu’en 2009, cette rencontre annuelle est devenue jovialement le sommet des trois amis, alias los tres amigos. Les médias se sont contentés de mentionner les trois ou quatre contentieux d’actualité qui n’ont pu, hélas! qu’être effleurés en seulement trois heures d’échanges. À croire que ces trois politiciens amis ne se sont déplacés que pour fraterniser un brin et parader évasivement en conférence de presse.

La brièveté des pourparler de Guadalajara ne peut surprendre que si l’on ignore que la rencontre au sommet n’est qu’un élément, en quelque sorte protocolaire, de l’entente conclue entre George W. Bush, Paul Martin et Vicente Fox, lors de la rencontre fondatrice du PSP, à Waco, Texas, en mars 2005. Cette entente marque un tou

rnant dans l’«intégration profonde» – deep integration – des politiques canadiennes à celles des États-Unis. Un tournant aussi dans l’emprise des lobbies d’affaires sur la classe politique.

            Lancée dans la plus grande discrétion, le PSP se veut un appendice de l’ALÉNA visant à renforcer cet accord. Malgré ses allures – calculées – d’informalité, l’accord constitue une alliance formelle et très bien structurée, dotée de quatre instances :

1-      Le sommet annuel des dirigeants politiques des trois pays;

2-      Un cabinet ministériel nord-américain composé de deux ministres de chaque pays, l’un responsable de la sécurité et l’autre de l’économie;

3-      Le Conseil nord-américain de la compétitivité (CNAC), un puissant lobby d’affaires trinational, créé au sommet de Cancún en 2006, composé de 30 chefs d’entreprises, 10 pour chacun des pays; parmi celles-ci Lockheed Martin, Mal-Mart, Ford, Home Depot; le CNAC se réunit trois fois l’an avec les ministres les plus importants des trois gouvernements;

4-      Des groupes de travail au nombre de 19 composés d’experts et de fonctionnaires en provenance des trois pays, chargés de faire avancer en permanence une centaine de dossiers dans 317 domaines.

Les objectifs du PSP et des sommets nord-américains

            L’ensemble des travaux engagés dans le cadre de ce Partenariat inégalitaire convergent vers cinq objectifs centraux :

1-      Aligner les réglementations économiques, sociales et environnementales du Canada et du Mexique sur celles des États-Unis;

2-      Créer une communauté économique de sécurité dans le but de resserrer la coopération militaire et policière entre les trois pays, dans la foulée des mesures anti-terroristes du 11 septembre;

3-      Aligner le traitement des immigrants, des réfugiés et des touristes sur les règlement états-uniens;

4-      Assurer la sécurité énergnétique des États-Unis par un renforcement de la «clause de porportionalité» contenue dans l’ALÉNA;

5-      Consolider le bloc économique nord-américain pour le rendre plus compétitif, capable de faire front aux autres organisations économiques régionales d’Europe et d’Asie. 

Le Partenariat pour la sécurité et la prospérité se caractérise par sa discrétion, voire son opacité. Pas une seule loi n’est votée ni modifiée pour la mise en œuvre des décisions prises dans le cadre du PSP. On procède par voie réglementaire, au sein des ministères et des agences gouvernementales. Alors que le grand patronat était dans le coup depuis plus de deux ans avant la signature de l’entente, le Parlement canadien n’a été ni consulté ni informé sur sa préparation et sa conclusion en 2005. Ce n’est que deux ans plus tard, en 2007, à l’insistance du NPD, que le gouvernement de Stephen Harper a accepté de transmettre une partie des textes de l’entente au Comité permanent sur le commerce international de la Chambre des Communes.

Est-il besoin de souligner la responsabilité des médias dans ce déni de démocratie?

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